Document sans titre

Document sans titre


 

ACCUEIL

 

Contact

 

Services

 

Conseil

 

Relecture

 

Compte client

 

Compte-mots

 

Compteur caractères

 

Vidéos

 

Correction CV

 

Formats

 

Tarifs

 

Conditions

 

Devis

 

Espace Poésie, publiez gratuitement vos textes et poèmes sur www.alorthographe.com.

[ Retour à la page d'accueil de l'Espace Poésie ]

NOUVEAU et gratuit sur Alorthographe.com : découvrez 1350 mots, 3 niveaux de jeu et 27 catégories.

L’arme à l’œil.


Comment se procurer un flingue ?

C’est une question que des milliers de gens devaient se poser quotidiennement dans le pays. Il y avait tant de symboles de domination et de pouvoir dans cet assemblage de métal que tous le monde était obligé d’y voir, un jour ou l’autre, la solution à quantité de problèmes. La réponse à ces frustrations insupportables qu’un simple déclic solutionnait définitivement. L’accès à la puissance confisqué par la Société et délégué à la police.

Combien d’entre eux franchissaient la limite. Quel était le nombre de personnes qui commençaient et finissait une démarche pour se procurer une arme. Pas dans le milieu interlope. Mais chez des braves gens tellement écrasés par des situations qui les dépassaient. Et que l’ordre public leur ordonnait de supporter stoïquement. En contre partie de quelques mises en scène dénommée « Justice » et qui ne résolvait rien. Voire, aggravait leur situation.

Pour l’instant, il avait deux pistes : Robledo et Christian. Le premier était tellement difficile à joindre. Il l’avait évoqué le premier et ne voyait aucune difficulté à s’en procurer. Juste une question d’organisation et un prix : mille Euros.

Christian paraissait moins fiable. Qu’est ce que c’était cette pétoire dont il avait parlé ? Il n’avait même plus le nom en tête. Et puis depuis cinquante ans ? Dans quel état devait-il être ? C’était un gros risque

Finalement, lassé de jouer à cache-cache avec Robledo, il se concentra sur Christian. C’était le plus accessible et en avait le plus grand besoin. Il avait déjà évoqué le sujet avec le cardiaque démunis. Mais cela n’en était resté qu’au stade de la discussion de comptoir de café. Plein de cette arrogance faite de mots creux, rien que du superficiel sans suite. La question était de savoir s’il aurait le cran d’aller jusqu’au bout ? Et surtout s’il possédait réellement l’objet dont-il avait évoqué l’existence. Ces besoins financiers étaient tels qu’une somme bien rondelette déverrouille beaucoup d’inhibitions.

Cette discussion s’était déroulée dans le patio du foyer où ils avaient l’habitude de prendre un thé à la menthe sur les tables en plastique. Cédric confiait son dépit après les évolutions défavorables de ses dossiers.
- Ça ne peut que mal tourner cette affaire, conclut Cédric d’un air abattu !
- Bah, s’il te faut un flingue, tu n’auras qu’à me demander !
- Dis pas ça, Christian, sourit-il, pense à ton cœur !
- Laisse mon cœur tranquille ! La meilleure chose qui puisse lui arrivé à mon palpitant c’est de sentir une paire de billets de cent à côté de lui !
- Oui, vu comme cela, il y a un côté thérapeutique ! On peut te le prescrire les yeux fermés.
- De toute façon, il n’y a pas plus allopathique qu’un bon calibre !
- Allo-quoi fit Cédric interrogateur ?
- Allopathique ! C’est une manière de soigner les gens par le bruit ! Ça été mit au point par un américain, Bell, je crois !
- Qu’est-ce que tu me racontes rigola-t-il !
En après un silence ou l’un tournait le sucre dans sa tasse, le cardiaque repris :
- Sérieusement, si tu as besoin d’un engin, je dois encore avoir cela dans mes affaires. Question d’archéologie ! Mais il n’est pas très profondément enterré. J’ai failli en avoir besoin l’an passé.
- Qu’est-ce que c’est comme mécanique ?
- Un Walther P38 d’une bonne précision et impeccablement conservé, huilé et emballé. Huit coups en 9 millimètres, semi automatique d’environ une vingtaine de centimètre de long !
- Ah bon, émit Cédric stupéfait !
- Ouais, récupéré sur un officier Allemand dézinguer en aout 44 ! Et j’ai une boite d’une centaine de balles avec qui coute dans les 50 Euros.
- Pour s’entrainer sur les pigeons ?
- Oui, sur le Champ de Mars ! Juste en face de l’école militaire ! C’est l’idéal !
Ils rigolèrent doucement.
- Et combien ça vaudrait tout cela ?
- Sept cents m’arrangeraient bien ces temps-ci.
- Hum ! C’est tentant ! Au fait, il est à quel nom rajouta le demandeur pour exciter son fournisseur ?
Christian haussa les épaules d’un air lassé pour éluder la plaisanterie.
- Et bien tu vois et tu me dis ! Mais pas l’année prochaine, hein ?

Depuis tellement de temps, les barrières restaient fermées devant les intentions de Cédric, qu’il fut surpris d’une telle facilité. A chaque fois, pour obtenir un résultat plus ou moins complet à la moindre requête, c’était au prix d’efforts démesurés, de négociations sordides, de passes droits nauséabonds…Mais, aujourd’hui, cela semblait tellement facile ! Son premier réflexe fut la méfiance.

Puis réfléchissant sur l’offre de Christian, sur sa situation qui imposait une réelle sincérité, il se dit qu’il n’y avait peut-être pas de pièges. Et qu’en tout cas, s’était mieux de faire profiter cet homme de valeur qu’un malfrat de banlieue ou un drogué en manque. Il se décida et appela Calixte pour qu’il lui envoi l’argent. Avec les économies réalisées ces derniers temps par ses villégiatures sociales ou hospitalières, il avait à peu près la somme sur son compte. Disons qu’avec le versement de la prochaine allocation, cela ne poserait pas de problème. Et Calixte fit la jointure en lui envoyant par mandat la somme demandée.

Une semaine après, le mandat encaissé, Cédric attendit que le patio se déserte pour reprendre la conversation :
- J’ai le montant !
Après un moment de silence d’une lourdeur de plomb, Christian reprit :
- Pour l’artillerie ?
- Et les munitions !
Il sourit. N’y croyant qu’à moitié, il n’osait imaginer résoudre ses problèmes aussi rapidement et simplement :
- Bon ! Je l’ai aperçut dans un de mes cartons depuis que l’on en a parlé. Il n’y a pas de problèmes. Il fonctionne impeccablement…
- Tu l’as essayé, plaisanta Cédric ?
- Oui, évidemment ! Sur un flic !
- Ah ! Un seul ! Tu deviens modeste, Christian.
- Que veux-tu, c’est l’âge ! Bon, faudrait trouver un endroit discret pour la livraison. On ne va pas faire cela ici, quand-même !
- Non, bien-sur !
- Mais j’ai mon idée là-dessus. L’idéal c’est une église ! Il y a de moins en moins de monde !
- Oui, puis nous avons la gueule à fréquenter les paroisses, ricana Cédric !
- Comment, Monsieur, fit Christian sur son ton indigné. Moi, je vais régulièrement à l’église !
Et après une pose pour ménager son effet :
- Pour écouter gratuitement des concerts de musique classique !
Cédric Rigola :
- Ha, oui, j’oubliai ! Et puis les visites historiques… Et tout le reste… En fait, tu passes ton temps dans les églises, Christian !
- Tout à fait ! Même si je suis athée ! Bon, je te dirais où ce soir et peut-être que demain matin l’on pourra faire ça !

Christian s’était décidé pour l’église Ste Marguerite dans le 11ème arrondissement, rue, St-Bernard, au numéro 36. Tout un programme, rien que du point de vue canonisation, si l’on peut s’exprimer ainsi. Une église située à égale distance de deux-trois stations de métro. Qui obligeait à marcher et en zig-zig parce que la rue se prolongeait en décalage d’un carrefour. Donc, tout ce qu’il fallait pour se perdre, même avec un St-Bernard. Cédric n’avait pas le choix devant cette drôle idée du cardiaque. Et qui n’avait pas l’avantage de se situer près de son dépôt, quoi qu’il en ait partout dans Paris

Cédric y arriva comme convenu vers onze heures. Il tenait à la main un petit sac de la Fnac qui était le signal. Encore une exigence de Christian qui devait lire beaucoup de roman d’espionnage ces derniers temps. L’église blanche, constituée de nombreux rajouts dans tous les styles qui finissaient par lui donner une impression de grandeur. Avec de larges espaces abrités de grands arbres derrière une grille, un cimetière autour ou du moins quelque pierre tombale qui lui donnait une allure d’église de campagne. Malgré tout peu de recoin pour vraiment dissimuler une rencontre. L’intérieur composé de plusieurs larges chapelles meublées de rangées de chaises. Impossible de s’isoler ou d’y faire une rencontre discrète. A peine à l’intérieur, il repéra du premier coup d’œil son rendez-vous, assis sur le côté.

Il le rejoignit en faisant le tour par un semblant de déambulatoire. Et alla s’assoir une rangée derrière Christian près d’un pilier dans un angle presque mort. Après un moment de recueillement immobile, Cédric vérifia d’un coup d’œil circulaire que personne ne les observait, et murmura vers son complice :
- Alors ?
- J’ai acheté un cinéraire maritime pour fleurir la tombe de ce malheureux Louis 17.
- Quoi, tu ne l’as pas ?
- Monsieur, en prenant un ton péremptoire, on n’entre pas avec une arme dans une église ! Il n’y a que les peuplades asiatiques pour profaner un lieu sacré comme celui-ci ! J’ai posé la plante légèrement sur le côté de la tombe.
- Mais je rêve ? Qu’est ce que c’est que cette histoire ?
- Et bien c’est l’Histoire de France, Monsieur !
- Attends, un peu de sérieux, Christian, fit-il en s’empêchant de hausser le ton !
- Il n’y a pas plus sérieux que moi, la mission est remplie ! Ça va devenir de l’histoire, maintenant !
- Quoi, qu’est ce que tu me raconte ? L’histoire de France, l’histoire de France ? Attends, moi, je viens te payer un flingue, j’ai le fric, là, lui montrant le sachet de la Fnac, et toi tu m’emmènes en pèlerinage !
- Écoute c’est le seul endroit adéquat que j’ai trouvé ? Mois je suis un admirateur de louis 17 et de la révolution et je suis venu me recueillir sur la tombe de l’enfant du temple, Monsieur !
Cédric était ébahit du discours de son ami. Il le regardait fixement pour guetter sur son visage un air de moquerie ou un indice qui mettraient un terme à cette plaisanterie
- Non, mais ca va pas ! Qu’est que tu me raconte ? Tu as bu, Christian ou quoi ?
- Comment, ah pas du tout, je suis très sérieux : Et est-ce que j’ai une gueule à boire, hein ?
- Mais, as-tu le flingue ou non ?
- J’ai déposé mon P38 sur la tombe de Louis 17 dans un cinéraire ! Donne-moi le fric ! J’ai plus un rond après avoir acheté la fleur !
- Non, tu as bu ou c’est tes médicaments ! Je veux voir ça !
- A mais quand tu veux, dit-il en se levant ! Je croyais que tu voulais un rendez vous discret mais l’on y va tout de suite ? Avant fait moi voir le fric !
- Pas de problème, il ouvre le sachet de la Fnac contenant un livre et entre 7 pages, les 700 euros.
Christian attrapa le bouquin en faisant attention de ne pas laisser tomber les billets et considéra son titre :
- Ah, tient « L’arme à l’œil » de Ken Follet ! Excellent, monsieur fait de l’humour !
- Durant une autre occasion je t’aurai confié que j’ai bien aimé l’assassinat de la vieille. Mais, je t’en pris, Christian, c’est sérieux ?
- Oui, c’est sérieux, cher Monsieur et revenons à nos affaires. Donc, je vous assure que selon les études qui ont été faites, le jeune prince né à Versailles en 1785, d’abord Duc de Normandie, puis Dauphin de France à été ou aurait été enterré en juin 1795 dans un petit caveau de cette église. Puis, plusieurs fois transféré, exhumé, étudié… Bref, qu’on le laisse reposer en paix ce pauvre enfant martyr, haussa-t-il le ton ! Et si vous voulez bien me suivre, vous aller pouvoir vous recueillir sur la tombe de cette victime de la révolution, hélas !
- Putain, Christian … laissa échapper Cédric ce qui se demandait si l’autre n’allait pas lui retracer toute la généalogie des Capétiens.
- Monsieur, nous sommes dans une église, s’il vous plait, fit-il d’un air indigné !
- Oui, c’est ça, c’est ça !
Ils sortirent doucement, l’un en effectuant une génuflexion bien révérencieuse puis longèrent discrètement les murs avant de se signer au bénitier. Dehors, Christian s’approcha de Cédric !
- Maintenant que nous avons fait connaissance, il ne nous reste plus qu’à nous rendre sur la tombe et à récupérer mon « bâton de justice » avant qu’un autre ne s’en occupe !
- Tu es unique Christian ! Je t’avais dit une rencontre sans contact et un endroit discret !
- Bah !
- Oui, bah ! Pourquoi pas Notre Dame de Paris pendant que l’on y est ?
- Parce qu’il y a trop de touristes avec leurs appareils photo! Tandis qu’ici, c’est presque désert et toute cette symbolique ! En plus, n’importe quel juge ou inspecteur normalement doter admettra que je t’ai fait visiter l’église Ste Marguerite comme je t’ai emmené devant tout le monde à la conciergerie, au Louvre, à…
- Ouais, ouais… T’as raison fit-il, d’un ton irrité en marchant lentement à ces côtés !

Ils circulèrent le plus naturellement du monde le long des tombes en s’engueulant les dents serré et souriant pour ne pas révéler leur discorde.
- De toute façon, l’on n’est même pas sûr qu’il s’agisse du véritable louis 17 ! J’me suis renseigné moi-aussi !
- Comment, Monsieur ! Les travaux de Jean Favier, les déclarations du fossoyeur Valentin, Decouflet, de l’abbé Haumet, le commissaire Dussert et maître i…
- Ah, s’il y avait un commissaire et un avocat dans l’affaire, plus aucun doute n’est permis persiffla Cédric !
- Qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre pour gagner sept cents Euros soupira le cardiaque !
- Tu vas voir ton palpitant si tu m’as roulé ! Tu pourras jouer au foot avec !

Se dirigeant vers un mur par une petite allée recouverte, ça et là, de feuilles mortes, entre des arbustes, une petite pierre tombale apparue. Une petite croix de pierre en relief sur le mur un peu disproportionnée et grossièrement taillée la surmontait. Et cette étrange tombe de forme carrée d’environ un mètre de côté, haute d’une quarantaine de centimètre qui semblait la supporter. Une inscription sur la face : "LX VII 1785-1795".

Cédric n’en croyait pas ses yeux.
- Voilà, cher Monsieur, la pauvre tombe du jeune prince que je suis venu fleurir ce matin
- Christian, s’il te plait…
Et il s’agenouilla devant, invitant Cédric à en faire autant à ces côté juste en face du cinéraire touffu.

Cédric Mis un genou à terre en regardant la plante et vit camouflé au milieu, un gros morceau de tissus qui pouvait bien avoir la dimension d’une arme.
- Sur ce, cher, monsieur, je vous laisse vous recueillir.
- Ouais, c’est ça !
- J’emprunte juste votre livre et vous laisse le sac pour que vous puissiez mettre les fleurs dedans, fit-il en souriant, fier de son trait d’humour !
- C’est ça ! Tu vas voir si tu m’as roulé !
- Allons ! Cédric ! Un gars comme moi et sur la tombe d’un prince ! Reprend toi et tu verras que tout va se passer comme tu le souhaites. Mets le tissu dans le sac après que je sois parti et prend une autre direction.

Christian donnait des ordres, maintenant ! Où allions-nous ? Enfin, au point où en était l’affaire, il n’y avait plus qu’à s’exécuter. Cédric attendit que Christian se soit éloigné pour saisir discrètement le paquet. Il le mit sous son blouson de cuir entre-ouvert et d’une main, à l’abri des regards, commença à déplier le tissu. Cela avait bien les dimensions, la forme et le poids d’une arme. Encore un tour et apparu l’aspect mat du P38 impeccablement emballé dans sa pièce de tissus gras. Il fit manœuvre l’engin qui répondit comme s’il avait été fabriqué la semaine dernière.

A genou devant le tombeau de Louis 17, Cédric était armé !

 

Eric Legroux alias Moeglen - texte original non corrigé (si vous souhaitez contacter cet auteur, merci de me joindre par le formulaire de contact, je vous mettrai en relations. Corinne Duval)

 

Conformément à la loi "Informatique et Libertés" N° 78-17 du 6 Janvier 1978 , vous bénéficiez d'un droit d'accès, de rectification et d'opposition que vous pouvez exercer par écrit au moyen du formulaire de contact de ce site.

       
Document sans titre